Recommander

Mercredi 17 juin 2009

Luis Sepulveda, Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler, Métailié/Seuil, 1996 et 2004, , 116p. (édtion originale, 1996)

Présentation de l'éditeur
Zorbas le chat grand noir et gros a promis à la mouette qui est venue mourir sur son balcon de couver son dernier œuf, de protéger le poussin et de lui apprendre à voler. Tous les chats du port de Hambourg vont se mobiliser pour l'aider à tenir ces promesses insolites. À travers les aventures rocambolesques et drôles de Zorbas et Afortunada, on découvre la solidarité, la tendresse, la nature et la poésie.

Quel défi pour Zorbas de s'occuper d'un oeuf puis d'apprendre à voler à une mouette! Heureusement, toute la population des chats du port lui vient en aide, et les encyclopédies sont vraiment très utiles !

Avec ce livre, Luis Sepulveda nous offre un belle histoire, originale, drôle et poétique. Sur un ton léger, et animalier, il aborde des thèmes sensibles comme la pollution, la différence ou l'entraide. Il crée toute une petite communauté sociale qui développe ses propres règles, comme le tabou de parler aux humains,  et décrit des animaux qui ont des caractères bien affirmés.

J'ai beaucoup aimé l'ambiance du Bazar du port ; elle donne à cette histoire une note plus loufoque. L'inventaire m'a rappelé celui de Prévert (avec des chats, des rats, un singe... mais sans raton laveur !) On y trouve notamment  "160 gouvernails de bateaux pris de vertige à force de faire le tour du monde" et "12 télégraphes de commandement écrasés par des capitaines irascibles".

Voici encore un livre, destiné à la jeunesse, que les adultes peuvent également apprécier. 
Je serai volontiers restée plus longtemps dans cet univers et j'ai regretté que ce livre soit si court, mais je vais continuer à découvrir les romans de Sepulveda.
En lisant le résumé en espagnol, j'ai même pensé que je prendrais peut-être le temps de relire l'histoire del "gato grande, negro y gordo" dans sa version originale...

Par Naïk Feillet - Publié dans : Romans traduits
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Vendredi 12 juin 2009

Francisco Coloane, Tierra del Fuego, Phébus, 1994 et Libretto, 2005, 181p. Editions originale, 1963.
Traduction de François Gaudry
Préface de Luis Sepulveda

Présentation de l'éditeur
Publié au Chili en 1963, Tierra del Fuegose distingue d'un simple recueil de nouvelles à la fois par l'unité du style, par celle des paysages, désolés ou grandioses, qui lui servent de cadre, et par les thèmes récurrents qui le traversent : histoires de folie et de mort dont le héros innommé est ce Grand Sud qui aimanta de tout temps les rêves de l'imaginaire sud-américain. Les personnages qui hantent ce bout du monde sont tous plus ou moins des exilés : gauchos condamnés à peupler de mauvais rêves leur solitude, marins attachés au service de rafiots hors d'usage, insurgés en fuite, contrebandiers, chasseurs de phoques, parias de toutes les nations… sans oublier les Alakaluf et les Yaghan qui furent les premiers habitants de ces terres promises à toutes les désolations, et que le « progrès » a chassés de leur propre Histoire. Les récits qui s'enchaînent et se répondent sont forts comme un alcool frelaté, tragiques comme la vie qui n'a pour se défendre que le renoncement, l'ivresse ou le mal. Aucun « effet » dans ces comptes rendus cruels qui ne se paient pas de mots, tournent résolument le dos aux prestiges du baroque, et dont la simple brutalité vous happe et ne vous lâche plus. On comprend qu'Alvaro Mutis n'hésite pas à voir en Coloane un nouveau Jack London.

     Tierra del Fuego
reste dans le même esprit que Cap Horn, et je suis à nouveau tombée sous le charme de ces nouvelles.
   
  Dans ce recueil, entre récits, nouvelles et contes, Coloane met autant de soin à transcrire la beauté des paysages que la psychologie de ses personnages. Comme dans Cap Horn, il nous montre une Nature et une nature humaine profondément liées.  La Terre de Feu, lieu cosmopolite, induit ses propres règles et favorise  l'émergence des instincts les plus sombres, l'avidité, l'égoïsme, la violence. Coloane décrit très bien les hésitations et les mécanismes de passage à l'acte. Bien sûr, un sentiment de solitude, thème récurrent, conduit à des comportements étranges, comme celui de ce marin qui porte une affection soudaine et excessive à un agneau, dans "Cap sur Puerto Eden". Dans cette nouvelle, un ancien capitaine de baleinier perd son emploi et sa foi en les hommes. "En bon chasseur de baleine, habitué à affronter le monstre marin, il avait la conviction que si l'homme était parvenu à dominer la nature, il resterait encore longtemps l'esclave de sa propre nature."
     Dans ce lien de dépendance entre l'homme et son milieu,  Coloane souligne aussi les réactions différentes des occidentaux et des indiens, ce qui le conduit, bien sûr, à confronter les modes de vie et les notions de respect ou d'asservissement. Pourtant, sa vision de l'homme n'est pas fataliste,  désenchantée ; il montre surtout la complexité des individus. 

     Dans les récits les plus réalistes, Francisco Coloane entretient l'esprit des légendes et des mystères, créant des ambiances troublantes ou glaçantes, même s'il introduit ironie et humour. Dans "Cinq marins et un cercueil vert" (ou l'histoire d'un mort oublié sur un quai sous la neige...)  il évoque une
"vieille superstition des marins selon laquelle les défunts confiés à l'océan reviennent toujours hanter les lieux où ils ont vécu et se venger de ceux qui leur ont fait du mal. Et lorsqu'il y avait crime, la légende affirmait que l'âme de la victime  s'installait dans celle du bourreau jusqu'à le rendre fou et le faire périr... Superstition?"
     Dans la nouvelle "Sur le cheval de l'aurore", il raconte une rencontre onirique avec les premiers hommes qui ont habité la Patagonie.
Malgré tout,  cette ambiance de mystère est plus diffuse dans ce recueil que dans Cap Horn.

     Avec beaucoup de poésie, Coloane nous transporte dans un univers riche, au style et à la narration très personnels, pour un dépaysement total, où la mer reste omniprésente :"La mer, possessive et violente quand on navigue sur ses eaux, nous apparaissait de si loin comme une irremplaçable compagne, une immense étendue paisible, dont la vue rassurait, éveillant un indéfinissable sentiment d'espérance." ("Terres d'oubli").

     Dans "Cinq marins et un cercueil vert", j'ai également retenu dans ce texte le refrain du timonier, à apprendre par coeur avant de prendre la mer !
"Si da el verde con el verde
Y el colorado con su ignual
Entonces nada se pierde,
siga el rumbu cada cual"

"Si le vert répond au vert
Et le rouge à son semblable
Alors nul ne se perd
et chacun poursuit sa route"

     Luis Sepulveda a écrit la très belle préface de ce recueil. Il rappelle que Francisco Coloane a proposé des textes atypiques qui ont bouleversé le paysage littéraire chilien, et que ce "conteur inclassable" est devenu le plus populaire de son pays.
Je me suis empressée d'ajouter des titres de Sepulveda à ma PAL !



(Pour un meilleur confort visuel, je change de police de caractère...   )

Par Naïk Feillet - Publié dans : Contes et nouvelles
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés