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Lundi 29 juin 2009 1 29 06 2009 11:00
Alexandre Pouchkine, La fille du capitaine, Folio classique, 2005, 258p ; Editions originale, 1836.

Présentation de l'éditeur

Nous sommes en 1773: en route pour un fortin perdu au milieu de la steppe, où il doit faire ses premières armes d'officier, Piotr Griniov voit surgir de la tempête de neige un vagabond dans lequel il reconnaîtra bientôt l'usurpateur Pougatchov. Les aventures alors s'enchaînent. Dans ce premier roman qui est l'un de ses derniers chefs-d'œuvre, et qui ouvre l'âge d'or de la prose russe du XIXe siècle, Pouchkine a réussi à camper, à travers un roman d'amour à l'ancienne mode, un tableau plein de saveur de la société russe de la fin du XVIIIe siècle, et surtout à mettre en scène une relation paradoxale, mais symbolique, entre un représentant de l'élite européanisée de la nouvelle Russie et un homme du peuple incarnant l'élément national turbulent dont il est, bon gré mal gré, l'héritier.

Je continue à découvrir les grands classiques de la littérature russe avec l'un de ses plus illustres représentants.
J'ai d'abord été surprise par la narration, le rythme enlevé et le style agréable, sobre, même si j'ai eu quelques difficultés à me familiariser avec certains noms et mots russes. Ce roman m'aurait sans aucun doute bien plus marquée si je l'avais lu à l'adolescence, mais je me suis tout de même laissée emporter par cette lecture.

Complots, trahisons et amours, ce récit  d'aventure réunit tous les éléments qui rendent la lecture prenante. Pourtant, un seul personnage a rapidement capté tout mon intérêt: Pougatchev, "l'usurpateur" qui mène la révolte des Yaik et prétend renverser le Tsar. Pouchkine le décrit comme un homme charismatique. Il se place à une distance qui permet de percevoir la complexité du personnage tout en préservant une part de mystère. Face au cosaque, Griniev, le narrateur, paraît d'abord bien fade. Jeune oisif, insouciant, il se révèle cependant au long du roman, grâce à son expérience militaire, mais aussi et surtout, grâce à sa rencontre avec Marie, la fille du capitaine.
Pougatchev a de la sympathie pour Griniev. Malgré l'opposition politique, le narrateur  semble fasciné par le cosaque ; il le désapprouve, mais on perçoit un sentiment de crainte et de respect. L'ambiguïté de leur relation est l'intérêt principal du roman, comme le souligne la présentation de l'éditeur.

Dans Les Enchanteurs, Romain Gary dresse un portrait plus sombre de Pougatchev et des massacres commis par ses troupes, même si dans les deux romans, les narrateurs attirent la clémence du cosaque. Gary porte un autre regard sur cette période de l'histoire russe ; il serait sans doute intéressant de détailler ces représentations. Romain Gary évoque également Pouchkine dans ce roman  et dans le texte "A bout de souffle", extrait du recueil L'orage. J'en parlerai dans un prochain billet, avec L'angoisse du roi Salomon.

Grâce à BoB, je vous renvoie aux avis de Papillon, Lilly et Karine  sur La fille du capitaine.

Par Naïk Feillet - Publié dans : Romans traduits
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Mardi 23 juin 2009 2 23 06 2009 18:10

Hélène Vignal, Sorcières en colère, éditions du Rouergue, coll Zigzag, octobre 2008, 135p.
Les éditions du Rouergue où vous trouverez le livret de l'auteure
Le site de l'illustrateur, Diego Fermin

Présentation de l'éditeur
Les sorcières sont en colère ! Elles, les spécialistes de la cruauté et des mauvais sorts, ne font plus peur à personne... Les humains sont maintenant plus méchants qu'elles, avec leurs vendeurs d'armes, leurs dictateurs et leurs pollueurs... Il leur faut reprendre le pouvoir, et vite ! Et si elles organisaient une fête de la cruauté ? Halloween pour de vrai, avec quarante mille vraies sorcières, venues de toute la planète, pour terroriser les hommes...

On devine que l’auteure s’est beaucoup amusée à décrire ces sorcières ! Mais il ne faut pas seulement se fier à l’humour de ce roman…
Ces sorcières, particulièrement cruelles, n'ont rien à envier aux hommes ; et là est bien le problème : elles doivent tout faire pour récupérer la palme de l’égoïsme et de la méchanceté ! Fille-de-Fer, Pustule-Bubon, Forguette-Mes-Crottes et leurs associées des SSS, le Syndicat des Sorcières Solidaires, doivent faire preuve d'imagination pour inventer des châtiments à la hauteur des crimes des hommes... mais de l'imagination, elles en ont !
L'auteure épingle les criminels de notre époque : pollueurs, dealers, esclavagistes, ou encore trafiquants d’armes.
En refermant ce roman, on pense, en effet, qu’on aimerait bien que ces sorcières viennent nous débarrasser d’un certains nombre de personnages sans scrupule…
Hélène Vignal nous offre un livre drôle et riche qui se joue des clichés sur les sorcières pour mieux nous parler des fléaux contemporains.
Voilà une belle réflexion sur les crimes et la justice qui amusera les lecteurs, petits et grands, et les amènera à se poser pas mal de questions !

Trop de Chance, éditions du Rouergue, coll DoADo, 2007, 93p.
Présentation de l'éditeur
Dans le village, il y a une grande maison, derrière de hauts murs. Pour y entrer, il faut passer la main dans une petite trappe, sur le grand portail en face de l'épicerie, et tirer le loquet. C'est un passage secret pour les gens pas ordinaires comme nous. Et c'est interdit de dire aux autres ce qui se passe derrière ces grands murs. Même si c'est quelqu'un de la famille de mon père et de ma mère. Même si on a très envie. Et même si je ne comprends pas ce qui se passe derrière ces hauts murs, je ne dois pas poser de questions. Un jour, je comprendrai. En attendant, j'essaie de sourire et de croire que j'ai de la chance d'être née dans cette famille-là.

Avec pudeur et sensibilité, Hélène Vignal nous fait partager le désarroi et la souffrance de cette petite fille de 10 ans face au silence des adultes et à son incompréhension des adeptes du « Travail sur nous » dont ses parents font partie. Pour un adulte, il est facile de deviner tout ce qui peut se cacher derrière cette expression et l'influence dangereuse d'un homme qui prétend détenir un savoir particulier d'un maître russe; mais pour un enfant... 

La vie quotidienne de la petite narratrice est régie par des règles qu'elle tente de suivre sans en saisir la portée réelle. Elle est à la fois tenue par les contraintes du groupe et livrée à elle-même, car ses parents passent leur temps libre dans la "grande maison". Elle s’efforce alors de correspondre aux attentes des adultes, de se faire accepter et aimer d’eux. Pourtant, si elle donne d'abord l’image d’une totale confiance, elle ressent peu à peu la confusion, l’ambiguïté de sa situation.

Hélène Vignal sait parfaitement traduire le trouble de cette petite fille. Dans ce roman pour ados, elle aborde des thèmes qu'il n'est pas toujours facile d'évoquer avec les plus jeunes, car même certains adultes ont parfois quelques difficultés à parler de sujets qui les plongent dans la sphère de l'intime. Ce texte est un très bon support pour ouvrir le dialogue.

Ce roman m'a beaucoup touchée, et s'il est édité dans une collection pour ados, je pense que beaucoup de lecteurs adultes peuvent l'apprécier, car derrière ces mots d'enfants, on devine une réalité complexe et terrible.

L'avis de Florinette et grâce à BoB, celui de Clarabel et celui de Lily

Par Naïk Feillet - Publié dans : Romans francophones
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